J’ai découvert le problème des dégâts causés aux capteurs d’appareils photo par les lasers festifs, il y a une quinzaine d’années, en rencontrant les techniciens de Photo Ciné Réparation, entreprise installée dans le Gard à proximité d’Avignon.

Traces définitives laissées sur un capteur après illumination par un faisceau laser
Ce sujet est encore suffisamment méconnu aujourd’hui, puisque trois de nos membres en ont été victimes ces derniers mois (800 € à 2000 € de réparation).
Le problème n’est pas limité aux capteurs d’appareils photo (amateurs ou professionnels), mais touche également les smartphones, les caméras ou les drones.
Au bal des pompiers de Thionville, le 5 juillet 2025, des dizaines de mobiles ont été détruits par le laser du DJ (presse locale).
En 2019, pour éviter que les manifestants antigouvernementaux à Hong-kong filment la répression policière, les forces de l’ordre balayaient la foule avec des faisceaux laser.
Sony a publié un avertissement officiel indiquant qu’il est conscient que les lasers peuvent endommager ses capteurs d’image.
« Cela peut également endommager votre capteur si celui-ci est éteint, mais qu’il n’est pas recouvert par le protège-objectif. Par conséquent, prenez les précautions nécessaires et assurez-vous que le protège-objectif est en place lorsqu’un laser se trouve à proximité. »
Compte tenu de cet avertissement, il est probable que Sony refusera de prendre en charge la réparation pendant la période de garantie. C’est valable également pour les autres marques qui ne garantissent que « les défauts de matériau ou de fabrication ».
En ce qui me concerne, j’ai ajouté une clause à mon contrat : La prestation ne pourra être effectuée en cas d’utilisation de lasers festifs, sauf prise en charge écrite des risques afférents.
Une réglementation précise… mais guère appliquée.
Elle est d’ailleurs destinée à protéger les personnes et non les appareils photo, ce qui est logique.
La Norme NF EN 60825-1, décrit le niveau de danger pour l’œil des différents types de laser.
Un collègue photographe, Loïc Tripier a publié sur son blog une étude très complète que je vous conseille de consulter.
En résumé, il y a 4 classes de lasers et quelques sous-classes. Classe 1 sans danger (exemple : les lecteurs de code-barres de supermarchés) jusqu’à la classe 4 : Lasers de haute puissance pouvant causer des dommages aux yeux et à la peau.
Mais il faut savoir que les lasers, dès la classe 2, peuvent être dangereux, car une durée d’illumination de plus de 0,25 seconde peut entraîner un dommage permanent de l’œil. Pour 4 sujets sur 5, il n’y a pas de réflexe de fermeture de l’œil assez rapide (clignement de l’œil), en particulier dans des conditions de faibles niveaux de lumière ambiante.
Les lasers de haute puissance, utilisés fréquemment dans les spectacles et événements, émettent des faisceaux lumineux extrêmement concentrés. Ces faisceaux peuvent causer des brûlures rétiniennes définitives.
Or, aujourd’hui, il est très facile de se procurer des lasers festifs de classe 4, vendus à partir de 370 € en France ou… 170 € sur les sites chinois.
Que faire en cas d’incident ?
L’association PASS peut vous apporter quelques conseils pour tenter de résoudre par la négociation d’éventuels conflits. Pour cela, il faut rassembler un maximum d’informations.
1/ Relever le type de laser utilisé, sachant que l’étiquetage est obligatoire : classe du laser utilisé, visible, lisible et rédigé en français.
2/ Une zone d’exclusion a-t-elle été mise en place ? La programmation des émissions du rayonnement primaire peut servir à définir une zone d’espace dans laquelle aucune personne ne doit se trouver lors de l’émission. Les accès à cette zone sont interdits et balisés.
3/ Le régisseur étaient-ils formés à l’utilisation d’un laser ? Le Code du travail précise que s’il existe la moindre possibilité d’exposition à un rayonnement laser supérieur à la classe 2, la formation du personnel est obligatoire. Cette formation est destinée, entre autres, aux techniciens lumières, régisseurs… Les formations sont labellisées par la Commission Nationale de Sécurité Optique de Photonics France (Fédération française de la photonique). Les personnes formées sont inscrites au fichier national des personnes formées.
Emile Zeizig